Aller aux liens de navigation.

La bastide de Domme

Domme constitue assurément une étape obligée de votre séjour dans la région : Domme n’est pas très grande, mais ce n’est pas un mince plaisir que d’y déambuler une journée entière, d’aller et venir dans ses ruelles, voire de longer ses remparts ou sa falaise en admirant le vaste panorama sur la Dordogne.

Une bastide originale

[Domme domine la vallée - 42 ko] Il s’agit en fait d’une bastide, une bastide d’un genre un peu particulier comme nous l’allons voir tout à l’heure : en effet, les bastides sont des villes neuves, fondées sur décision royale en général, qui trouvent leur origine dans des besoins économiques parfois, militaires souvent. C’est le cas de Domme que Philippe le Hardi entreprit de bâtir en 1281 afin de contrer les vélléités du roi d’Angletterre – qui lui-même essaimait avec Monpazier, Lalinde, etc.

Le roi Philippe, par le truchement de Simon de Melun, racheta donc au seigneur de Domme, Guillaume, ce bout de falaise qui occupait un emplacement stratégique : 150 mètres d’à-pic au-dessus de la Dordogne constituent assurément une défense naturelle intimidante, sans compter que cela permet de garder un œil sur la circulation fluviale. Première particularité de Domme, alors que les bastides suivent à l’accoutumée un plan très géométrique (rues rectilignes et perpendiculaires), ici, la falaise a sensiblement infléchi la volonté humaine, de sorte que le tracé s’adapte à la géographie courbe du lieu.

Second signe distinctif, Domme a deux places tandis qu’une bastide typique s’organise autour d’une place carrée unique : la place de la Halle et la place de la Rode, où se tenaient marchés, foire… et supplices de la roue (d’où son nom).

Créées artificiellement, les bastides devaient attirer une population : pour cela, les rois n’hésitaient pas à accorder des privilèges en tous genres aux nouveaux habitants, exemptions d’impôts ou de service militaire, droit à l’héritage, etc. Domme, peut-être en raison de l’importance qu’elle revêtait aux yeux du Roi, obtint celui considérable de battre sa propre monnaie.

Un rocher convoité

[Domme défendue par ses portes - 32 ko] Dès lors, Domme ne cessera d’exciter les convoitises : malgré son accès difficile, en dépit de ses remparts, la bastide constituera un champ de bataille de choix pendant toute la guerre de Cent Ans : prise une première fois en 1347 par les Anglais, reprise l’année suivante par les Français, perdue, cédée, conquise à nouveau, donnée par traité, libérée par ses habitants, bref, impossible de relater toutes les péripéties qu’a connues ce bout de rocher en un siècle. Il faudra attendre 1437 pour que Domme revienne définitivement à la France.

La bastide aura toutefois encore à souffrir de l’attrait qu’elle exerce sur les belligérants de tous poils, puisque ligueurs et huguenots se la disputeront âprement pendant les guerres de religion. C’est Geoffroy de Vivans, capitaine protestant de la garnison de Castelnaud, qui prendra Domme de manière intrépide en 1588 : plutôt que de s’attaquer de front aux portes bien gardées de la ville, Vivans et quelques compagnons escaladeront de nuit la Barre – la fameuse falaise de Domme – et iront ouvrir les portes au gros de leurs troupes afin de prendre la ville par surprise. Là encore, de nombreux changements de mains s’ensuivront, Geoffroy de Vivans ne capitulant définitivement qu’en 1592 devant les progrès des catholiques.

Domme préservée

[En se promenant sur les remparts - 52 ko] Le calme revenu, Domme connaîtra une certaine prospérité au XVIIe siècle, mais son isolement, puis à la Révolution, l’abolition des privilèges royaux favoriseront l’exode rural. À l’écart des grands centres industriels, Domme a traversé les siècles sans presque subir les ravages du temps et s’offre à nous telle qu’elle était. Qui aujourd’hui s’en plaindrait ?

Ce village doit sa notoriété à sa porte principale, gardée par deux grosses tours rondes qui servaient de prison, et à ses graffiti de templiers, mais Domme, c’est bien plus que ça : n’hésitez pas à vous éloigner du centre pour prendre des petites rues désertes, ou vous diriger vers l’ancien moulin et Domme-Vieille (le château de Guillaume de Domme), les rues sont fleuries et la promenade a beaucoup de charme. À noter que sous la halle se trouve l’entrée au sous-sol du village : en effet, la falaise abrite des grottes, aujourd’hui aménagées, où l’on a retrouvé des ossements d’animaux, exposés sur le chemin. On peut y voir de jolis spécimens de draperies et de belles marmites de géants.