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Les grottes de Cougnac

Le site de Cougnac, sur une colline, est constitué de deux grottes, l’une proprement géologique, c’est-à-dire que l’homme n’en a jamais foulé le sol, la seconde qualifiée de « préhistorique » dans la mesure où nos ancêtres s’y sont aventurés.

[Entrée de la grotte géologique - 37 ko] Peu connues, en tout cas moins que les grands noms de la région comme Lascaux ou Pech-Merle, ces grottes n’en sont pas moins remarquables de beauté. La visite commence par la grotte géologique en descendant une volée de marches qui conduit au cœur de la colline et débouche sur une vaste salle où l’on peut déjà apprécier quelques beaux specimens de concrétions : comme dans toutes les grottes, vous pourrez y admirer stalagmites et stalactites, des colonnes – formées par la jonction des précédentes – et des draperies.

La beauté de Cougnac réside dans la finesse de ses stalagmites et leur densité prodigieuse : les géologues donnent à ce type de concrétions, fines et longues, le nom de fistuleuses, vous en trouverez des milliers à Cougnac ! Le spectacle est d’autant plus impressionnant quand on sait que, en raison de leur processus de formation, les stalagmites – et a fortiori les fistuleuses – sont creuses : on se sent alors comme un éléphant dans un magasin de porcelaine…

La visite mène jusque à un cul-de-sac d’où sort pourtant un étroit conduit, qui communique avec la grotte préhistorique : ce conduit est bouché, et l’est vraisemblablement depuis longtemps, car aucun de nos ancêtres ne l’a jamais emprunté pour accéder à la grotte géologique : aucune trace d’outil, ni de peinture dans celle-ci.

[Gros plan sur les fistuleuses - 41 ko] Il faut donc revenir à l’air libre avant d’accéder à la seconde grotte, que l’homme de Néandertal fut le premier à visiter il y a de cela 50000 ans, avant que son cousin de Cro-Magnon n’y fasse un séjour que les experts datent de −25000 à −14000 ans. Il est d’ailleurs curieux de constater l’attirance de ces hommes pour les passages étroits et dérobés : l’entrée de la grotte mérite tout au plus le titre d’orifice tant il est petit, au grand maximum 1 mètre de long pour 70 centimètres de haut. Imaginons un instant l’entrée d’une petite troupe d’hommes de Cro-Magnon désireuse de se rendre dans leur grotte : il leur fallait s’allonger au sol, ramper quelques dizaines de mètres à travers un labyrinthe de concrétions, certainement un peu plus courtes qu’aujourd’hui, mais à coup sûr suffisamment grandes pour entraver sérieusement une progression rendue déjà délicate par l’obscurité à peine titillée par de pauvres lampes à graisse animale, le tout en trimbalant leur matériel – ne serait-ce que les pigments nécessaire à leur art pariétal. Cet embryon de civilisation devait conférer un sens tout particulier à ces endroits pour leur consacrer de tels efforts.

Quel que soit ce sens, il semble que nous l’ayons bel et bien perdu, puisque, plus proches de nous, les propriétaires de la petite maison construite sur la colline de Cougnac, au-dessus de la grotte préhistorique, en trouvant le vestibule qui conduit à la grotte, bouchèrent purement et simplement son entrée avec des parpaings bien cimentés ! Le vestibule en question servit quant à lui de cave à vin. Vous n’aurez donc pas à ramper pour admirer cette grotte, une entrée artificielle ayant été depuis aménagée.

[Labyrinthe de colonnes - 41 ko] Après quelques dizaines de mètres parcourus au milieu de concrétions toujours aussi élégantes, vous pourrez apercevoir les premières œuvres disséminées d’abord parcimonieusement, puis profusément dans la dernière salle. Là encore nombreuses sont les questions en suspens, car certains signes peints, outre la difficulté qu’il y a à les interpréter, sont comme cachés et en tout cas invisibles si l’on reste sur le chemin principal : pourquoi peindre ce qui semble ne pouvoir être vu ? A-t-on affaire là à des brouillons ? Ces signes sont-ils au contraire réservés à des initiés ? Mystère…

Il n’en reste pas moins très émouvant d’imaginer les artistes de l’époque s’appliquer à dessiner, dans la pénombre, quelques signes en forme de toit, des traits ou à laisser des empreintes digitales. À Cougnac, les couleurs dominantes sont le noir et le rouge, y compris dans la salle la plus riche : ces couleurs revêtaient-elles un sens particulier pour nos ancêtres ? Difficile à dire, même s’il semble évident aujourd’hui que ces dessins et la peinture, c’est-à-dire les pigments eux-mêmes, avaient une fonction rituelle. On a en effet identifié à Cougnac des traces de pigments hors motifs picturaux. Comme l’explique Michel Lorblanchet :

Tout semble indiquer que les visiteurs préhistoriques trempaient leurs mains dans un amas d’ocre rouge existant sur le sol de l’entrée de la salle et qu’ils touchaient ensuite la paroi ornée en de nombreux endroits en appuyant le bout des doigts sur les figures et les concrétions qui les entouraient. Souvent aussi, ils frottaient simplement leurs mains peintes contre les aspérités calcaires où ils laissaient des traces diffuses.

Michel Lorblanchet

À ces « traces diffuses », à ces signes abstraits s’ajoutent quelques très belles figures animales dans la dernière salle – on peut y voir des bouquetins, des mégacéros, des mammouths – voire humaines : les experts pourront deviner un homme au postérieur planté d’une volée de flèches !

En tout cas, la fonction rituelle de cette salle ne fait pas de doute, car les chercheurs y ont découvert des stalagmites et stalactites brisés ainsi que les marques des coups portés avec ces « baguettes » sur les parois afin d’en tirer probablement des sons, de la musique… Ce devait décidément être un spectacle impressionnant que de voir ces hommes au corps peint frotter les concrétions de pigments, jouer du tambour sur des colonnes de calcaire, chanter, danser peut-être, dans cette salle à l’acoustique parfaite, le tout à la lumière tremblotante d’une lampe à graisse de mammouth.