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Le château de Beynac

[Une ruelle médiévale de Beynac - 38 ko] Beynac, c’est d’abord un magnifique petit village qui a gardé tout son charme médiéval : empruntez ses ruelles pavées et escarpées, ses escaliers de pierre usés par le temps et vous serez récompensés, au fur et à mesure de votre progression essouflée, par des aperçus de la vallée de la Dordogne d’autant plus beaux que vous serez plus élevés.

Une fois en haut, montez encore ! Passez la place du château, et si vous êtes férus de poésie, vous trouverez avec bonheur la maison où vécut Paul Éluard un peu plus avant sur votre droite.

Un lion à Beynac

Quant au château lui-même, ses origines remontraient au XIIe siècle, lorsque Maynard de Beynac fit bâtir ce qui n’était alors qu’un donjon. Dressé à flanc de falaise, 150 m au-dessus de la Dordogne, Beynac occupait certes une position avantageuse, point d’observation idéal sur toute la vallée.

Un peu plus tard, c’est le chevalier Adhémar de Beynac qui fait parler de lui : à son retour de croisade en 1194, il meurt sans descendance directe de sorte que Richard Cœur de Lion, en sa qualité de duc d’Aquitaine et donc de suzerain direct, s’approprie la place forte et la confie à son lieutenant Marchadier. Il ne la gardera pas longtemps puisque en 1199, Richard s’en va remettre dans le droit chemin un de ses remuants vassaux à Châlus. C’est Jean Favier qui nous raconte la suite bien connue :

Le 6 avril 1199, alors qu’il assiégait en Limousin le château de Châlus, Richard Cœur de Lion était tué d’une flèche qui l’étonna. Que t’avais-je fait ? eut-il le temps de demander à l’arbalétrier qu’on lui amenait, prisonnier, avant de l’exécuter.

Jean Favier, Histoire de France, « Le temps des principautés », p. 164

Il se trouve que Richard avait tué le père et les frères du régicide, sans doute un peu pâlot pieds et poings liés devant le roi. Cependant, Richard, parfait chevalier même à l’agonie, sut se montrer magnanime et ordonna qu’on le libère – et même qu’on lui donne cent sous. Mais comme le rapporte Jean Flori :

Geste éminemment chevaleresque qui, même s’il est authentique, resta sans effet : l’archer demeura prisonnier et fut écorché vif après la mort de Richard sur ordre de son chef routier Marchadier.

Jean Flori, Chevaliers et chevalerie au Moyen Âge, p. 162

Il est vrai que Marchadier, de sinistre réputation, n’était pas chevalier, lui, et en tout cas pas très chevaleresque… L’année suivante, il est d’ailleurs assassiné et le château revient alors dans le giron de la famille de Beynac.

Un château convoité

[Beynac, Fayrac et la Dordogne au milieu… - 37 ko] En ces temps troublés, le château n’en est qu’à ses premiers changements de mains : dès 1214, c’est Simon de Montfort, en pleine croisade contre les cathares, qui le prend et le rase. Néanmoins, le seigneur de Beynac conserve son fief, et en profite pour le reconstruire. Suite au traité de Paris en 1259, saint Louis concède le Périgord à Henri III si bien que Beynac devient Anglais. Mais les traités sont faits pour être rompus, et lorsque Philippe de Valois monte sur le trône en 1328, tous les moyens sont bons pour titiller son puissant voisin : il lui confisque la Guyenne (et Beynac, donc), d’où quelques frictions qui aboutiront au traité de Brétigny en 1360 par lequel la France cède à nouveau la Guyenne à l’Angleterre (oui, avec Beynac) ; qu’à cela ne tienne, en 1368, les Français remettent le couvert et s’offrent… Beynac, cette fois définitivement.

Il faut dire que placé comme il l’est, Beynac était voué à attiser les convoitises : à la frontière des possessions des rois rivaux, il fait figure avec Marqueyssac de poste avancé face à Castelnaud et Fayrac qui se surveillent les uns les autres. À tel point qu’au niveau local, les conflits franco-anglais se concrétisent dans des affrontements presque permanents entre Castelnaud et Beynac : il est vrai que leurs seigneurs respectifs sont eux-mêmes en concurrence et cherchent à affirmer leur propre puissance sur le Périgord.

Beynac, une baronnie en Périgord

À ce petit jeu, c’est Pons de Beynac qui l’emporte puisque en 1442, avec la bienveillance de Charles VII, il prend le château de Castelnaud et en chasse les Anglais (la guerre de Cent Ans touche à sa fin). Beynac devient alors une des quatre baronnies du Périgord. Mais entre les difficultés qu’éprouvent les barons à gouverner la région et les guerres de religion (Beynac se fait huguenot), le déclin approche. Malgré tout, Beynac est érigé en marquisat en 1620 par Louis XIII. En 1753, Beynac tombe en quenouille et passe par mariage aux Beaumont qui l’abandonnent peu à peu. Le château est racheté en 1961 et peu à peu restauré avec passion par son propriétaire.

Le château de Beynac aujourd’hui

[L’esplanade du château - 32 ko] La restauration se fait progressivement et permet d’ores et déjà d’admirer le château tel qu’il fut : tout d’abord son immense esplanade, dans le deuxième mur d’enceinte, où l’on débouche après avoir franchi une porte agrandie au temps où l’on n’entrait plus à cheval, mais en carosse ; on verra alors la chapelle, cédée par le marquis de Beynac à la commune au XVIIIe siècle, au très beau toit de lauzes.

La visite suit le parcours d’un chevalier qui arrivait à Beynac : on arrive dans la salle des gardes éclairée avec les moyens de l’époque, c’est-à-dire obscure, où l’on entrait à cheval – on voit encore les mangeoires ! Une fois descendu de sa monture, le nouveau venu empruntait l’escalier étroit en colimaçon au fond de la salle des gardes ; on arrive alors dans les appartements où l’on admirera outre le magnifique sol en pisé, les superbes fenêtres à meneaux. C’est ensuite la salle des États où se réunissaient les quatre barons, jouxtée par un joli petit oratoire peint à fresque ; vous apprécierez ensuite, entre autres choses, un salon meublé, le donjon, la cuisine (toujours en pisé), la barbacane.

Vous remarquerez que Beynac, tout entier voué à sa fonction militaire, est pourvu de murailles à l’épaisseur impressionnante. Poussant la logique défensive jusqu’au bout, ses architectes n’ont en effet ouvert aucune fenêtre dans ces murailles (du moins pas au rez-de-chaussée), ni creusé de cheminée de manière à ne pas prêter le flanc aux attaques rageuses des adversaires. Au diable le confort, nos ancêtres étaient des gens pragmatiques !